Sonia

 

Sonia dit qu’elle ne veut plus entendre parler de la passion. Elle ne tombe pas amoureuse, il faut dire, elle meurt fusillée au premier regard, prend feu, sombre dans la folie, et après c’est les montagnes russes : ou bien elle chiale à gros bouillons, ou bien elle raconte en boucle des anecdotes ennuyeuses où son chéri joue le beau rôle.

Dans les deux cas elle est de très mauvaise foi.

Elle m’appelle pour que je sache qu’elle est perdue et avant de raccrocher, elle jure qu’elle me doit la vie.

 

Quand elle fait un cadeau, elle achète quelque chose dont elle aurait envie, d’ailleurs quand arrive le moment de défaire le paquet, elle trépigne. C’est très beau, elle affirme.

Elle dit souvent qu’elle n’a pas d’argent mais elle a toujours de nouvelles robes.

 

Quand une connaissance lui fait l’affront de ne pas la reconnaître instantanément, par exemple en la croisant dans la rue, elle garantit qu’elle ne s’en approchera plus jamais, qu’elle a bien trop de fierté.

Elle ajoute je m’en fous, je m’en fous, alors qu’elle ne se fout de rien.

 

Elle n’est pas vraiment fumeuse : elle tend exagérément la bouche, ferme à demi les yeux, n’avale pas la fumée.

 

Elle fait des gaffes, parle trop fort, met les pieds dans le plat, s’extasie facilement, aime bien boire un peu de vin mais dans des verres très fins, très délicats, et partager, soupirer, toucher ses cheveux, se catastropher, pleurnicher, affirmer, s’en vouloir.

 

Elle ne ferme jamais complètement sa braguette.